LAUZAINGHEIN Henri de

Posté par LA SCALA RETROUVEE le 22 janvier 2009

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LAUZAINGHEIN Henri de

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Je l’ai toujours appelé: » blazer », car il en portait un en permanence. Je dois avouer que je donnais des surnoms à pas mal de potes, peut-être parce que j’avais la flemme de me souvenir de tous les blases, (sans jeu de mot)! Mais lui, garçon racé et bien éduqué, ne s »en est jamais offusqué. 

Ce n’était pas un « artiste » (dans le sens de « baladin » chanteur-guitariste, catégorie qui pullulait à la Scala), mais pas mal d’habitués avaient grand plaisir à discuter avec lui, moi le premier, car Henri était très cultivé et ses relations amicales étaient aussi nombreuses que diversifiées ! Peut-être parce qu’ il s’intéressait beaucoup aux autres et qu’il parlait très peu de lui! La preuve, c’est (excuse moi, Henri) que je n’ai jamais vraiment su ce qu’il faisait en dehors de la Scala!

J’allais oublier: c’était un très bon joueur d’échecs! 

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Chers Amis!

Tout d’abord, pardonnez moi d’ avoir mis tant de temps à vous répondre. La Scala, pour moi, c’est toute une période de ma vie, presqu’une autre vie! Il y a une vie avant la Scala, une autre, pendant ma période Scala et une autre après! Toutes les trois totalement différentes.

Un mot du contexte: j’ai été au quartier à partir de 1960, jusqu’en 65, à peu près.. C’était la guerre d’Algérie, la période de l’ O.A.S., la nuit bleue, etc…A part ces « problèmes », petit rappel: il n’y avait pas la pilule, l’avortement était cher, dangeureux et, en plus, menait vite en prison!!! A cette époque, rien que ce sujet déclenchait une angoisse, chaque mois!

La Scala était un hâvre de paix et de tranquillité, on n’y parlait guère politique, l’argent n’était qu’un mal nécessaire et la plupart s’en foutait complètement!

Manou n’avait pas un sou, mais conduisait des voitures de sport, je n’avais pas un sou, moi non plus, mais je pilotais des avions!! C’est un âge extraordinaire, une époque extraordinaire, peut-être un peu les deux!

La Scala était « décorée » humblement, et sa surface limitée, mais on était mieux que partout ailleurs. Les amitiés étaient nombreuses, d’une variété invraisemblable et durable.

Je ne veux pas parler de tous les personnages de la Scala, mais seulement de quelques uns, car ce serait bien trop long!

Par ce blog, je viens d’avoir des nouvelles de Moustique et je suis bien aise qu’elle aille bien! J’ai souvent pensé à elle, en me demandant ce qu’elle était devenue. Je me souviens de sa minuscule chambre, (son placard à balai, disait-elle), de l »avenue de la Grande Armée, où je l’ai ramenée bien souvent.

Moustique, j’espère que tu me liras ici, c’est Henri qui pense à toi et t’embrasse!

Peter KAISER, un que je n’oublierai jamais et qui m’a rendu un service inestimable, comme cela, sans discuter, sans hésiter, sans même que je lui demande quoi que ce soit, simplement parce qu’il a su que j’avais besoin d’aide!

Tous parlent de Rodolphe, sa vie a été très dure, sa mère était marchande des quatre saisons, à la porte de la Chapelle. Il n’a jamais connu son père, son enfance, il l’a passée en totalité dans la rue. Il n’aimait pas l’école et comme on ne lui disait rien, il n’y allait pas! C’était son grand regret. Il n’en avait pas moins un coeur énorme et des qualités humaines que devaient bien lui envier des universitaires.

Un personnage différent mais extrêmement attachant, c’est Francis LEMARQUE. Au début, il venait de temps à autre et nous avons sympathisé. Je crois qu’il était un peu embarrassé de son vedettariat, mais je n’attendais rien de lui et lui, rien de moi, alors on parlait de choses et d’autres, ni de musique, ni de chansons. Je crois bien que cela le reposait. Il m’a invité deux ou trois fois chez lui. Je me souviens d’un jour où il se plaignait des « journalistes qui écrivent n’importe quoi ». Il me montrait des coupures de presse. Pendant ce temps, ses enfants couraient en tous sens, en faisant un boucan terrible. Alors, il m’a demandé:

« D’après vous, combien sont ils? »

Je lui réponds: « au moins cinq! »Il était ravi: » Ils ne sont que trois! »

Que ces trois-là sachent que leur père n’était pas qu’un artiste de talent, mais un humaniste, un homme de coeur discret et modeste, comme tous les vraiment grands!

Je me souviens, je me souviens, a-t-on le droit de se souvenir de tout?…. Pépé TOVAR, je lui demandais toujours: «  Pépé, joue moi une « buleria« , por favor! » Mais il ne voulait jamais tout de suite!

Elle était belle, belle, plus que belle, elle était de ces femmes qui sont éclatantes, elle riait, mais elle était mesurée, c’est peut-être idiot ce que je dis, mais je ne vois pas d’autres mots! Alain BELTOISE et elle arrivaient de Montlhéry, chacun avec une voiture identique qu’ils testaient. De petites voitures très basses. Ils ne restaient pas longtemps à la Scala et repartaient vers le sud de Paris, au delà d’Orly où habitait BELTOISE. Cette route lui faisait peur, parfois. Un soir, j’arrive à la Scala.. Un silence pesant et puis quelqu’un lâche: « Elle est morte ». Sa voiture avait décollé et s’était écrasée contre un pylone!! C’est, encore, aujourd’hui, un souvenir pénible. Pourtant, je la connaissais peu!

A la Scala, il y avait toujours un jeu d’échecs en place. Cela tombait bien, les années 60-65 sont celles où j’ai le mieux joué. Dans ces années, j’étais classé 40e joueur en France (étranger classé compris), En 1960, j’étais encore 46e! Après, j’ai arrêté la compétition. Parmi les joueurs de la Scala, Robert HANNA était le plus fort et le plus combatif. C’était, par ailleurs, un type exceptionnel, plus gentil et sympa, je ne connais pas! Claude, dit le « beauf« , le frère de Denise, était un assez bon joueur, quant à Vitold, il n’aimait pas perdre!!

Encore quelques mots sur deux personnages, dont on n’a pas  parlé: Souvenez vous de  »Jésus« , assez grand, très maigre, avec une vieille canadienne en loques et des cheveux qui lui tombaient sur les épaules? Il faisait des dessins sur les trottoirs du Boul Mich. J’étais stupéfait en le voyant, car je le connaissai bien! C’était certainement le plus riche des héritiers qui sont passés à la Scala! Son père, polytechnicien, possédait plusieurs usines et un hôtel particulier, avenue Foch. Je l’ai connu au lycée, en troisième et seconde. Il arrivait en Buick et chauffeur, en casquette et un vêtement ridicule, petit costume gris, avec gilet, pantalon court qui arrivait aux genoux, on rigolait un peu, il vivait hors du temps! Un jour, il a craqué, fugué et disparu! Il me l’a dit lui même. Il en avait assez de cette vie aseptisée. Malade, avec cette vie (bizarre) de bohème, je crois qu’il est mort, assez jeune. Etrange Scala!

L’autre personnage, c’est NADAUD, (Jean Michel GIORGI, fils de la créatrice des « cours Nadaud », note de Jacky), c’était un grand ami de Manou, avec qui il faisait des courses  de côtes. Parmi ses extravagances, on l’a vu arriver devant la Scala en Bentley, remorquant une Ford (que Jean Michel  et Manou avaient ramenée du Grand Prix de Monaco, si mes souvenirs sont exacts. Note de Jacky). Jean Michel courait avec la Ford, à Montlhery, mais il ne pouvait pas s’en servir sur route! Equipage étonnant! Il utilisait, aussi, dans ses tournées, une Alfa Roméo!

Les frères LENGEN, Bernard et Philippe, ma chère Betty, qui n’est plus, MOUSTIQUE, petit bijou humain, Rodolphe, au coeur d’or, Peter, Pâris, le magnifique, toujours souriant et au charisme peu commun, Gabriel qui peut être fier de son père!

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          Betty TRUCK, journaliste et amie d’Henri et que personne n’a oubliée!

                                    Photo  fournie par Henri de Lauzainghein 

J’aimais beaucoup Maurice FANON, qui passait à la Méthode, mais rien de comparable, même de loin, avec la Scala! (Maurice FANON était un ami et venait « aussi » à la Scala, note de Jacky.)

J’aurais encore trop de choses à dire. Il se fait tard.

Jacky et Denise, vous le savez, sans doute, ce n’étaient pas seulement des clients que vous aviez autour de vous, mais une espèce de communauté disparate et amicale, sincère et attachante, et le lien, c’était nécessairement vous! J’ai décrit quelques personnages, en fait, cela ne veut rien dire. La Scala n’était pas une simple addition, c’était un monde à part, qui m’a probablement sauvé à une époque très difficile de ma vie!  Je vous remercie de ce petit monde que vous avez créé et porté pendant des années! 

                                                                 Souvenirs d’Henri.

 

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